
C'est devenu traditionnel et personne visiblement ne s'en plaint, si l'on s'en réfère à l'affluence constatée jeudi, pour l'ouverture de cette 12e édition. Le Festival sur Lignon démarre avec une soirée à entrée gratuite, autour d'un ciné-concert, dans un lieu favorisant la convivialité, différent de la Ferme de Mathias. Après l'Accueil des Randonneurs, chez la famille Taberner, les années précédentes, ce premier rendez-vous prend pour cadre le gîte Les Chênes de Corinne Drevet et Patrice Blanc, au hameau du même nom.
Sur l'écran, un film muet, en noir et blanc de 1929 : L'Homme à la caméra de Dziga Vetov. Ce monument de l'histoire du cinéma décrit les débuts de la construction du monde socialiste.
Devant l'écran, trois musiciens du réseau Imuzzic, le collectif lyonnais qui fête ses dix ans à Fay. Le guitariste Philippe Gordiani, le trompettiste Rémi Gaudillat et le batteur Bruno Tocanne accompagnent, en live, le film.
L'intérêt proprement documentaire de l'opus est évident. L'exercice est plaisant. C'est bien un film d'auteur. Des trouvailles jalonnent le propos. L'humour s'insinue, le montage singulier, syncopé et hypnotique, magnifié par les notes du trio, emporte les spectateurs qui ressortent haletants de l'étrange expérience.
Fabienne Mercier, Le Progrès, édition du 7 août 2010
Une soirée riche en émotions, vendredi, à la ferme de Mathias, à Fay-sur-Lignon. Émotion lorsque Daniel Fanger, le directeur artistique du Festival sur Lignon, lit un texte écrit par la chanteuse Natasha Bezriche.
Cette 12e édition est dédiée à Jean Ferrat.
L'artiste avait soutenu la création du festival en 1999.
« Il était de nos dernières sentinelles, avec la fraternité de ce peuple qu'il chantait si bien. Alors, ce soir, moi qui ai tant appris de toi, c'est si peu dire que je pleure et je me dis que maintenant, la montagne est veuve. »
Émotion encore lorsque la voix de Séverine Soulaÿrès s'élève. C'est elle, le pivot du Trio Soulaÿres avec, à ses côtés, à la guitare, Christophe Jacques, au violoncelle Paul-Valère marchand. C'est à vrai dire un trio devenu quatuor grâce à l'arrivée de la piquante percussionniste, la jeune Myriam Essayan.
Un quatuor qui sera franchement débordant jusqu'à atteindre onze interprètes, avec l'apport ponctuel, au fil des morceaux, de membres du collectif lyonnais imuZZic qui souffle ses dix bougies à Fay.
En anglais, en espagnol, en français, les mots de Séverine touchent immanquablement. On se plaît à se plonger dans les dédales d'une musique métissée.
Une musique comme on sait vous la faire aimer dans ce festival qui cultive l'humanité avec une obstination définitivement revigorante.
Émotion enfin, quand, au cœur de ces mélodies délicieusement dépaysantes, la vie du monde s'insinue. C'est la violence de la guerre imposée par les Occidentaux aux Irakiens après qu'ils aient subi la dictature de Saddam Hussein. C'est l'injustice de la chasse aux gosses de sans-papier, cueillis par la police devant leurs écoles.
Aujourd'hui, c'est l'ultime journée d'un festival qui combine l'agrément d'une solide programmation à la découverte d'un territoire au charme puissant.
La météo s'annonce clémente. On peut donc commencer par profiter des animations impromptues sur les places, à l'heure de l'apéro pour « humer » l'esprit de cette manifestation attachante. Puis, après la sieste, on vous conseille d'embrayer pour un, ou deux concerts.
Fabienne Mercier, Le Progrès, édition du 8 août 2010
Christian Toucas évolue dans un univers teinté de musique du sud, Espagne, Maghreb. Son jeu subtil à l'accordéon et son engagement captivent l'auditoire qui redécouvre cet instrument dans des tonalités jazz moderne et world.
Le trio se livre à fond et le public qui prend une belle claque en redemande.
Vers la fin du concert des musiciens du reseau imuZZIc rejoignent le trio pour un bœuf qui va durer un long morceau . Rémi Gaudillat ; Fred Roudet ; Loïc Bachevillier et Damien Sabatier font plus qu'accompagner Christian Toucas. C'est à une vraie rencontre en direct à laquelle on assiste et on aurait aimé qu'elle se prolonge un peu plus.
Pascal Derathé, jazz-rhone-alpes.com, édition du 16 août 2010
Cette année le festival organisé par Daniel et Annie Fanger donnait une carte blanche au réseau imuZZic pour son dixième anniversaire. En début de concert Bruno Toccane, batteur et porte-voix du réseau, ne manque pas de remercier les organisateurs et d'insister sur la vitale nécessité de ce genre de festival qui offrent aux collectifs et aux groupes à dimension humaine la possibilité de jouer et de rencontrer un public. C'est d'autant plus vrai que Fay sur Lignon sur le plateau du Mezenc au fin fond de la Haute-Loire est loin de toute grande ville.
Toute l'équipe de Jazz-Rhone-Alpes.com se joint à Bruno Toccane pour louer l'initiative et la persévérance de tels organisateurs au service du jazz vivant.
Place à I Overdrive trio. Ce trio rassemble autour du guitariste Philippe Gordiani, Bruno Toccane (batterie) et Rémi Gaudillat (trompette et bugle). Il fait référence à un morceau du disque "The Piper At The Gates Of Dawn" de Pink Floyd sorti en 1967. ''Interstellar Overdrive' est un long morceau qui a la particularité d'être basé sur une improvisation, chose innovante pour un groupe de rock même progressif.
Philippe Gordiani revisite l'univers de Syd Barrett son homologue de Pink Floyd en s'appropriant les thèmes et en les développant. C'est rock et psychédélique le plus souvent. On retrouve plusieurs interprétations de titres figurant sur l'album original : Flaming , Astronomy Domine et bien sûr Interstellar Overdrive. Le son n'est pas le même mais l'esprit y est. Un trio en communion complète. Chacun s'appuyant sur les deux autres. Les rythmiques sont variables et pourtant millimétrées. On passe du paroxysme à la douce ballade (Baby lemonade) qui laisse une grande liberté à Rémi Gaudillat. C'est cette liberté qui prime dans cette formation. L'assemblage trompette/batterie/guitare est rare et fonctionne à merveille, chacun préservant son indépendance et renforçant l'autre.
Le I Overdrive trio nous livre un set âpre et rude mais fascinant. Après une telle performance on comprend que les musiciens aient l'air "claqué".
Pascal Derathé, jazz-rhone-alpes.com, édition du 16 août 2010
Pour conclure en fanfare ce festival rien de moins que le Libre Ensemble, big-bang protéiforme du réseau imuZZic. Ce soir ce sont les permanents qui officient, avec de gauche à droite Fred Roudet (trompette) ; Rémi Gaudillat (trompette, bugle) ; Loïc Bachevillier (trombone) ; Damien Sabatier (saxophones, Theremin, Gralla Seca et flarinette, nous y reviendrons) ; Bruno Toccane (batterie) ; Philippe Gordiani (guitare) et Fred Meyer (guitare).
Une chouette équipe qui va nous proposer leurs compositions aux noms étranges : Crépuscule avec Nelly ; Free KC to Gawa ; Dans la coupe de Tiresias ou encore Bruno Rubato et d'autres.
Cette formation revendique sa liberté et son "ensemblité". Effectivement , après I Overdrive, le septet frappe fort et achève de décrasser nos oreilles. Les quatre soufflants dialoguent avec les guitaristes. Bruno Toccane donne le pulse.
Damien Sabatier est venu avec une grosse quincaillerie, en plus de ses saxophones baryton et alto, il jouera sur un Theremin (du nom de son inventeur au début du 20ème siècle, ancêtre du synthétiseur qui se joue sans contact avec l'instrument en se basant sur les propriétés capacitives du corps humain. Surprenant et bien placé dans ce contexte), il jouera aussi d'une sorte de hautbois en bois, la gralla seca d'origine catalane, un son rond et puissant. Enfin il sortira sa "flarinette" issue des amours d'une clarinette, coté bec et d'une flute côté corps, sans compter le tuyau de vidange de machine fluo du meilleur effet. Un spectacle à lui tout seul Damien.
Ce soir le libre ensemble joue bien en place et nous scotche dans nos fauteuils par l'intensité de la prestation.
Pascal Derathé, jazz-rhone-alpes.com, édition du 16 août 2010
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